Glossaire sanskrit.
Saṅkalpa — संकल्प
Sens usuel
Une intention que l'on pose au début ou à la fin de la pratique. Comme une graine qu'on plante dans un terrain fertile, l'état de détente profonde permet à cette intention de s'enraciner au-delà du mental superficiel. Ce n'est pas un "objectif" ni une "affirmation positive". C'est plus subtil : une direction intérieure.
Dans la tradition
Le sankalpa n'est pas fabriqué par le mental, il est reconnu. Il émerge de prajna (la sagesse innée de la conscience) plutôt que de l'ego. Le véritable sankalpa est déjà là, latent ; la pratique permet de le révéler. Il agit au niveau du corps causal (karana sharira), des samskaras et vasanas. Certains textes distinguent le sankalpa personnel du sankalpa universel, qui est la simple direction de l'âme vers sa nature innée.
Yoga Nidrā — योग निद्रा
Sens usuel
Littéralement "le sommeil yoguique". C'est d'abord un état : le sommeil conscient. Ce peut être aussi une pratique, souvent allongée, où l'on tente de rester conscient tout en traversant des états de sommeil, avec et sans rêve. Il ne s'agit pas de simple relaxation, bien que celle-ci soit indispensable. Il y a des ressemblances avec certains types d'hypnoses modernes, bien que les objectifs soient différents. C'est un style de méditation qui utilise les états de rêve et de sommeil comme objets de concentration. On apprend à rester éveillé là où d'habitude on s'endort ou on s'évade.
Dans la tradition
Le yoga nidra est une exploration des états de conscience décrits dans des textes comme la Mandukya Upanishad ou le Malinivijaya Tantra : veille (jagrat), rêve (svapna), sommeil profond (sushupti), et au-delà (turiya). La pratique moderne (Satyananda, années 60) a simplifié et popularisé, mais les racines tantriques sont plus anciennes. Dans la tradition du Cachemire par exemple, c'est une porte vers la reconnaissance de la nature non duelle de la conscience.
Prajñā — प्रज्ञा
Sens usuel
La conscience qui existe même dans le sommeil profond — quand le mental s'est tu, quand il n'y a plus de rêves, plus de pensées. On pourrait dire : ce qui reste quand tout le reste a disparu. C'est une dimension que le yoga nidra permet d'approcher consciemment, ou certains pranayamas.
Dans la tradition
Prajna désigne dans la Mandukya Upanishad l'état de conscience associé au sommeil profond (sushupti), représenté par le "M" de AUM. C'est un état de conscience non-duel, fait de béatitude (ananda), mais qui reste encore "voilé" — la conscience universelle n'est pas encore reconnue comme telle. Le passage de prajna à turiya est le saut de la conscience endormie à la conscience éveillée à elle-même.
Turīya — तुरीय
Sens usuel
Le "quatrième état", au-delà de la veille, du rêve et du sommeil profond. Ce n'est pas un état qu'on "atteint" vraiment, c'est plutôt celui qui est toujours sous-jacent aux trois autres. Le yoga nidra, comme d'autres pratiques qui approfondissent la méditation, permet d'en avoir l'intuition.
Dans la tradition
Turiya n'est pas un quatrième état à côté des trois autres, il est leur substrat, leur témoin. La Mandukya dit qu'il est "sans trait" (alakshanam), impensable (acintyam), au-delà de la dualité. Le shivaïsme du Cachemire insiste : turiya n'est pas ailleurs, il est la nature même de chaque instant de conscience. Le travail n'est pas de l'atteindre, mais de le reconnaître (pratyabhijna).
Nyāsa — न्यास
Sens usuel
Une pratique où l'on "pose" la conscience dans différentes parties du corps, souvent avec un mantra ou une visualisation. Dans le yoga nidra, la rotation de conscience à travers le corps est une forme simplifiée de nyasa. C'est une façon de rendre le corps sacré, vivant, présent.
Dans la tradition
Le nyasa traditionnel (anga-nyasa, kara-nyasa) est un rituel tantrique où l'on installe les énergies divines (divinités, mantras, énergies subtiles) dans le corps du pratiquant. Le corps devient le temple, le support de la pratique. Dans le yoga nidra, la rotation de conscience est une adaptation accessible de ce principe : re-sacraliser le corps, en faire un véhicule de conscience.
Prāṇāyāma — प्राणायाम
Sens usuel
Des pratiques respiratoires du yoga. Il ne s'agit pas simplement de "bien respirer", mais d'apprendre à travailler avec l'énergie qui sous-tend le souffle, le prana. Le pranayama prépare et approfondit la méditation.
Dans la tradition
"Prana" = énergie, souffle. "Ayama" = expansion. Pranayama est souvent traduit par "contrôle du souffle", mais ayama signifie plutôt extension ou expansion. Le but n'est pas le contrôle, mais l'expansion du prana et donc de la conscience. Car dans la vision tantrique, le prana et l'esprit (chitta) sont intimement liés : agir sur l'un agit sur l'autre. Les textes traditionnels (Hatha Yoga Pradipika, Goraksha shataka, Shiva Samhita, etc) décrivent aussi le pranayama comme moyen de purifier les nadis et d'éveiller kundalini-shakti. Le pranayama avancé prépare les états de samadhi.
Śarīra — शरीर
Sens usuel
Le yoga décrit plusieurs "corps" : le corps physique, le corps subtil, le corps causal, chacun étant composé d'"enveloppes" (koshas).
Dans la tradition
Les traditions védantiques et tantriques distinguent trois corps. Sthula sharira, le corps grossier/physique, fait de l'enveloppe de nourriture. Sukshma sharira, le corps subtil, composé de trois enveloppes (koshas) : énergétique, mentale, et connaissance intuitive. Certaines écoles tantriques ajoutent une enveloppe émotionnelle (kama kosha). Karana sharira, le corps causal, fait de béatitude (ananda) et comportant mémoires, conditionnements et impressions à l'état latent (samskaras et vasanas). Le yoga nidra permet d'observer et de travailler ces couches de la personnalité, mais surtout de reconnaître ce qui les transcende toutes, le témoin.
Buddhi — बुद्धि
Sens usuel
L'intelligence profonde, intuitive. Ni l'intellect ni la pensée du quotidien, mais la faculté en soi qui comprend vraiment, au coeur de soi. Là où le mental tourne en rond, buddhi tranche et réalise : eureka ! Buddhi discerne le réel de l'illusoire, c'est la part de soi capable de sagesse authentique, innée.
Dans la tradition
Dans la cosmologie Samkhya (25 tattvas), Buddhi est la première évolution de Prakriti, le Mahat individuel, siège du discernement (viveka). Sorte d'instrument de Prakriti pour reconnaître, en premier lieu, ce qu'est et n'est pas Purusha. Dans les cosmologies tantriques (36 tattvas), buddhi constitue le véhicule de la pratyabhijna, la reconnaissance de notre nature propre.
Sattva — सत्त्व
Sens usuel
L'une des trois qualités qui composent toute la réalité (les gunas). Sattva, c'est la clarté, la légèreté, la pureté. Quand il domine en soi, on se sent calme, lumineux, lucide. C'est l'état intérieur le plus favorable à la pratique spirituelle.
Dans la tradition
Premier des trois gunas de Prakriti (avec Rajas et Tamas), Sattva est associé à la lumière de la connaissance. Prédominant dans buddhi, il est le vecteur de la viveka-khyati, connaissance discriminatrice ultime dans le Yoga classique. Dans les tantras, la prédominance sattvique est une condition nécessaire, non suffisante, à l'éveil de Śakti et à la reconnaissance (pratyabhijna) de la nature de Shiva.
Kośa — कोश
Sens usuel
Littéralement : enveloppe, gaine. La tradition yogique décrit l'être humain comme cinq couches concentriques, de la plus dense à la plus subtile — du corps physique à la pure béatitude. Ces koshas voilent la nature lumineuse de la conscience qui réside en leur centre.
Dans la tradition
Le modèle des pancha-kosha est par exemple exposé dans la Taittiriya Upanishad. Les cinq enveloppes, qui voilent l'atman sont : annamaya (vêtement alimentaire), pranamaya (système pranique), manomaya (mental), vijnanamaya (buddhi), anandamaya (béatitude). Dans la métaphysique tantrique, les koshas sont parfois présentées au nombre de sept (sapta-kosha), en ajoutant kamamaya (émotions) ou bhavanamaya, et atman (Soi individuel). Elles expriment le voilement progressif de la conscience de Shiva par sa propre Shakti.

